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TRANSMISSION – 77 532 – CCNP – XTTN – 5057943, QQ7 A RRNP – XXY79 CODE BROUILLAGE 9 RT. HON EXCEL LEIA ORGANA SOLO – EXTRÊMEMENT URGENT – RÉPONDEZ IMMÉDIATEMENT

 

TRANSMISMISSION – 77539 – CCNP – XTTN – 5057943, QQ7 A RRNP – XXY79 CODE BROUILLAGE 9 RT. HON EXCEL LEIA ORGANA SOLO – EXTRÊMEMENT URGENT – RÉPONDEZ IMMÉDIATEMENT

 

TRANSMISSION – 77601 – CCNP – XTTN – 5057943, QQ7 A RRNP – XXY79 CODE BROUILLAGE 9 RT. HON EXCEL LEIA ORGANA SOLO – EXTRÊMEMENT URGENT – RÉPONDEZ IMMÉDIATEMENT

 

TRANSMISSION – 77610 – CCNP – XTTN – 5057943, QQ7 A RRNP – XXY79 CODE BROUILLAGE 9 RT. HON EXCEL LEIA ORGANA SOLO – SITUATION CRITIQUE – RÉPONSE IMPÉRATIVE EXIGÉE.

 

– Nom de…

Yan Solo remonta jusqu’au tout premier message et enclencha l’analyseur. Douze messages de type neuf. Tous brouillés. Il appela le premier à l’écran tout en sachant pertinemment que la console de communication n’accepterait de lui délivrer que du charabia. Ce qui fut effectivement le cas.

– Où est Bouton d’Or, quand vous avez besoin de lui, hein ?

De l’autre bout de la terrasse, Chewbacca eut un grognement interrogatif.

– Non, toujours rien…

Solo fit de nouveau défiler la liste des messages, en espérant que l’un d’entre eux serait soudainement très clair et dirait : ne vous inquiétez pas, nous avons cinquante HEURES DE RETARD PARCE QUE LA MISSION DIPLOMATIQUE TOUT ENTIÈRE A DÉCIDÉ DE S’ARRÊTER SUR CYBLOC XII AFIN QUE JE PUISSE M’ACHETER UNE NOUVELLE PAIRE DE CHAUSSURES. JE SERAI BIENTÔT DE RETOUR À LA MAISON. AFFECTUEUSEMENT. LEIA.

On peut toujours rêver… songea Yan.

Il jeta un coup d’œil au chronomètre. Quelques heures s’étaient écoulées depuis midi. La vive lumière du jour qui baignait la lune hôtelière d’Hesperidium était déjà en train de perdre de son éclat. Bien au-dessus des arbres à feuilles sombres, chargés de grappes étincelantes de fruits rouge et doré, le ciel virait au rose lavande caractéristique de la fin de journée. Çà et là, quelques zones plus sombres laissaient déjà entrevoir les premières étoiles.

Il ne pouvait pas continuer à se leurrer ainsi. Leia était en retard. Même si la conférence avec cet Ashgad ne s’était pas terminée dans les meilleures conditions, même si elle avait dû, en catastrophe, faire un détour par Coruscant, même si une session du Conseil avait dû être organisée à l’impromptu pour écouter les harangues de Q-Varx et des sympathisants Rationalistes ou n’importe quelle autre élucubration – et dans ce cas, pourquoi n’aurait-elle pas envoyé un message pour le prévenir ? –, Leia était vraiment en retard.

Très, très en retard.

Chewbacca se hissa hors de la piscine creusée dans la terrasse et s’ébroua en éclaboussant tout ce qui l’entourait. Derrière lui, parmi les rochers artificiels superbement conçus, Winter glissait à la surface de l’eau calme tel un poisson. Les jumeaux l’accompagnaient en riant pendant qu’Anakin progressait solennellement à quatre pattes dans le champ rosé de sa bulle d’isolation. Depuis quelque temps, Jaina s’était découvert une passion pour les nœuds et le tressage. Les longs poils de la fourrure de Chewbacca, autour de sa tête et de ses bras, n’étaient que macramés et autres témoignages de sa passion. Encore dégoulinant, Chewbacca alla s’installer à côté de Yan. Il grogna une nouvelle question en baissant la voix car il savait que les jumeaux comprenaient aussi bien le langage Wookie que leur père.

– Mais je ne peux même pas faire ça, répondit Yan tout doucement. Ça faisait partie de la couverture de la mission. Leia est censée être ici, avec nous, et pas au milieu du secteur de Méridian en train de rencontrer un type qui n’a même pas été élu comme représentant officiel de sa planète !

Chewie demanda autre chose, en penchant sa grosse tête. Ses yeux bleus affichèrent une certaine inquiétude sous le buisson de ses épais sourcils.

– Que veux-tu qu’Ackbar me dise, hein ? dit Yan, écartant les bras en un geste d’impuissance. S’il avait su quelque chose, il m’aurait déjà contacté. Avec les fuites constatées au Conseil, les partis Rationaliste et du Droit de la Pensée prêts à dissoudre l’Assemblée, il n’a pas plus accès aux canaux officiels que nous, tu comprends ?

Le Wookie émit un grognement profond qui lui venait de la poitrine.

– Ouais, je sais.

Yan serra le poing et l’abaissa avec une étonnante maîtrise. On aurait cru qu’il portait un coup au ralenti à l’épais plateau transparent de la table située à côté de lui.

La petite villa, qui avait accueilli la ribambelle de concubines de l’Empereur Palpatine, faisait partie de ces nombreux bâtiments réquisitionnés pour y loger les diplomates que la Nouvelle République souhaitait impressionner. Elle était située sur ce que tout le monde considérait comme la plus belle lune du système de Coruscant. Elle avait été scrupuleusement inspectée afin d’être débarrassée de tout micro ou autre gadget d’écoute avant l’arrivée de Leia et de sa famille pour leurs prétendues vacances. Cependant, Yan se sentait beaucoup plus à l’aise quand il parlait sur la terrasse. Le gargouillement de l’eau jaillissant de la fontaine et retombant sur les pierres couvertes de mousse et la complainte du vent sifflant entre les roseaux étaient à même de perturber le plus perfectionné des micros directionnels à longue portée.

– Elle aurait dû écouter Callista, dit Yan. Elle aurait vraiment dû.

Tout au fond de son cœur, il savait parfaitement que Leia n’aurait jamais tenu compte de l’avertissement. Le Parti Rationaliste avait passé de trop nombreux mois à mettre au point cette rencontre secrète avec Ashgad pour que tout soit annulé à la dernière minute à cause d’une note anonyme. Qui plus est, un grand nombre d’influences au sein de la Nouvelle République et des fragments du vieil Empire étaient en jeu. Q-Varx, le Sénateur Mon Calamari qui était à la tête du parti sur sa planète natale, avait remarqué que, dans un premier temps, le cas de la minorité des Nouveaux Arrivants sur Nam Chorios pouvait parfaitement faire l’objet d’un test visant à étudier la détermination de la population d’une planète. Il avait ensuite soulevé le fait que le Moff Getelles, du système Anteméridian, pouvait très bien trouver un moyen de retourner la situation de ce monde à son avantage, même s’il ne disposait pas d’une position militaire suffisamment puissante pour s’en prendre à la flotte Républicaine.

C’était bien le problème, songea Yan, avec tous ces gens assoiffés de puissance.

Bien avant d’être lui-même en contact permanent avec le pouvoir, Yan en était arrivé à la conclusion que ceux qui voulaient dominer – du moindre trou à rat sur Duroon à la galaxie entière – étaient des idiots. Comme Lando Calrissian en avait fait l’expérience sur Bespin, le pouvoir vous liait les mains et les pieds. Il devenait impossible de se fier à son instinct ou d’agir selon l’inspiration du moment.

Tout ce que Leia avait pu faire, quand elle avait intercepté le message de Callista, avait été d’emmener avec elle un garde du corps Noghri. Elle avait eu conscience de l’épouvantable scandale qui se produirait si cela venait à se savoir. Toutes les précautions qu’il y avait à prendre avaient été prises.

Elle aurait dû prendre ses jambes à son cou. Yan appuya de nouveau sur les touches du clavier et observa les messages brouillés, représentés par des colonnes de neuf, défiler à l’écran. Il y en avait quinze à présent.

L’image de la bien-aimée de Luke traversa l’esprit de Solo. Les doux contours ovales de son visage, son menton décidé, ses lèvres fines, ses yeux couleur de pluie à la fois si âgés et si innocents, sa voix rauque un peu haute, pareille à celle d’un jeune garçon, et la grâce étonnante de sa longue silhouette dégingandée…

Cela faisait presque un an qu’elle avait disparu. Elle devait savoir que Luke finirait bien par se lancer à sa recherche, pensa Yan. Elle finirait bien par refaire surface mais cela ne se ferait pas sans heurts.

Et tout cela, Leia le savait aussi.

Et cela ne l’avait pas empêchée d’embarquer à bord de la navette du Boréalis.

C’était la démonstration d’un courage qu’elle ne possédait pas. Yan en était persuadé.

– Elle aurait dû prendre ses jambes à son cou ! répéta-t-il, à voix haute cette fois-ci.

L’écran se mit de nouveau à clignoter. Un autre message codé. En provenance de Coruscant. Un long bloc de texte, teinté du violet qui signifiait qu’il y avait réellement urgence. Au même moment, un signal lumineux vert s’activa au-dessus de l’arche de pierre élégamment sculptée, et couverte de mousse, qui séparait la terrasse du reste de la maison. A l’intérieur de la petite niche de pierre creusée au-dessus de la porte, la statue décorative fut escamotée et le long bras mécanique, terminé par un œil électronique, d’un droïd TT-8L se déplia.

La paupière de bronze cligna plusieurs fois tandis que les capteurs de verre bleu ajustaient leurs optiques afin d’identifier les personnes présentes sur la terrasse. Une voix fort agréable s’éleva.

– Deux visiteurs vous attendent dans le vestibule, capitaine Solo. Ils refusent de décliner leur identité. Souhaitez-vous les laisser entrer ou préférez-vous qu’ils soient fouillés et analysés ?

– Non, laissez-les entrer.

Yan détestait espionner ses visiteurs. S’ils avaient passé la porte en tirant des traits de laser dans tous les sens, lui et Chewie auraient très bien su comment se débrouiller.

– Vos désirs sont des ordres.

Chewie marmonna quelque chose et secoua sa longue crinière. Il détestait cette idée d’espionnage autant que Yan. Il détestait encore plus les droïds obséquieux. Yan éclata de rire.

– Ouais, acquiesça-t-il, t’as pas vu ? Il a toutes ses petites diodes qui clignotent de pur plaisir !

Sa bonne humeur s’effaça aussitôt que la porte automatique coulissa sans bruit dans sa rainure de pierre et qu’il découvrit l’identité de son visiteur.

Tout cela ne lui disait rien qui vaille.

 

– Eh bien, eh bien… (La porte du sas s’ouvrit en chuintant.) Qu’est-ce que nous avons là ?

C3 PO, qui s’était avancé les mains écartées en signe extatique de bienvenue, s’empressa de répondre à la question :

– Comme je viens de vous l’expliquer par l’intermédiaire du visiocom, réitéra-t-il, vous êtes à bord d’une navette de reconnaissance ayant échappé de justesse… à un épouvantable désastre. Nous étions en route pour rejoindre la Flotte basée sur Cybloc XII.

Tout en parlant, il analysa l’homme assez jeune, aux larges épaules, aux cheveux clairs et aux lèvres balafrées qui se tenait dans l’encadrement de la porte. L’homme qui, une demi-heure auparavant, s’était présenté sur le visiocom sous le nom de Bortrek, capitaine du Pur Sabacc.

– Notre pilote est malheureusement décédé, continua le droïd en suivant le capitaine Bortrek qui remontait – le torse bombé, le regard baladeur et sifflotant entre ses dents – la coursive qui menait au poste de pilotage.

– Il était le seul membre d’équipage ?

Bortrek marqua une pause à l’entrée du petit laboratoire où le corps du soldat Marcopius reposait, recroquevillé dans un conteneur de préservation.

– Hélas, oui. Si quelqu’un d’autre avait été à bord pour se charger de la navigation jusqu’à la route qui mène à Durren, nous aurions pu…

– De quoi est-il mort ? Un truc contagieux ?

– Je le crains fort, monsieur. Heureusement, le conteneur hermétique répond à toutes les normes de sécurité bactériologique.

Même s’il avait été scrupuleusement programmé pour n’exprimer aucune opinion sur les humains, C3 PO ne put s’empêcher de comparer le jeune homme au capitaine Solo. Il se rappela la première image qu’il avait eue de lui quand il l’avait rencontré, en compagnie de D2 R2 et de maître Luke. L’homme, cependant, avait une attitude beaucoup plus détachée. Il marchait en paradant et sa tenue vestimentaire semblait au droïd assez voyante et de fort mauvais goût.

– Quatre-vingts pour cent de l’équipage était déjà mort au moment où nous avons réussi à… Monsieur ? Puis-je me permettre de vous demander ce que vous êtes en train de faire ?

– Et qu’est-ce que tu crois, hein ? demanda, irrité, le capitaine Bortrek tout en débranchant les connecteurs muraux de la chambre froide. File-moi un coup de main pour emmener ce truc dans l’autre sas, Machin Doré… Tiens, là, espèce de stupide tas de ferraille ! Traîneau à antigravité !

C3 PO s’exécuta sur-le-champ. Il était programmé pour cela. Son analyse du contexte et des gestes de l’homme se traduisit dans ses circuits internes par « aller chercher l’appareil de levage antigravité glissé sous le placard ». Il ne put s’empêcher également de comparer la manière de s’exprimer de Bortrek à celles de maître Luke et de Son Excellence. Eux, au moins, utilisaient invariablement des éléments de politesse sans importance grammaticale comme s’il te plaît ou merci. N’importe quel droïd protocolaire digne de ce nom et de ses cellules énergétiques ne se serait en rien offusqué d’être traité de « tas de ferraille » ou affublé de l’inexacte épithète « stupide. » C3 PO savait parfaitement qu’il n’était pas stupide.

Mais il était contraire à sa programmation de contredire une analyse erronée de ses capacités mentales quand elle était formulée par un humain. Tout comme il était contraire à sa programmation de vouloir empêcher Bortrek de poser le compartiment réfrigéré sur l’appareil de levage afin de l’emmener dans le sas et de disposer de la dépouille mortelle du soldat Marcopius dans le vide du cosmos. Le capitaine Bortrek était humain.

C3 PO garda ses réflexions pour lui tout en aidant le capitaine à emporter le conteneur détaché du mur vers le sas secondaire. Marcopius avait été un loyal serviteur de Son Excellence, un bon pilote et – autant que le droïd pouvait en juger – un admirable jeune homme. C3 PO ne voyait aucun inconvénient à ce que les restes humains soient abandonnés, incinérés, voire – en cas de nécessité – cuits en ragoût et dégustés par d’autres humains. Cette dernière option, cela dit, impliquait tout de même qu’ils soient certifiés exempts de toutes bactéries et présentés de la manière la plus esthétique possible. Le droïd était cependant on ne peut plus conscient que ni Son Excellence, ni la famille du jeune soldat, ni le défunt lui-même n’auraient considéré comme respectueuses les mesures que Bortrek s’apprêtait à prendre. Le respect et la coutume étaient les fondations mêmes du protocole. Et en cela, C3 PO était très choqué.

Mais ce n’était rien en comparaison de ce qui allait suivre.

– Chouette vaisseau, remarqua Bortrek avec insistance.

Il tourna le dos à la porte du sas, alors que le cycle d’évacuation n’était même pas terminé.

– Mon collaborateur m’informe qu’il s’agit d’un navire de reconnaissance dernier cri, conçu pour les courts voyages en espace profond ne nécessitant qu’une hyperpropulsion limitée, répondit obligeamment C3 PO. Ses moteurs ont une capacité de dix virgule deux et son tonnage atteint les trente-cinq mille mètres cubes.

– Eh bien quoi ! gronda Bortrek. T’es en train d’essayer de me le vendre ? (Il passa la main devant une porte fermée de la coursive et eut un hochement de tête approbateur en constatant sa vitesse d’ouverture.) C’est sûr qu’il en jette à côté de mon vieux Sabacc. C’est dommage qu’il ne soit pas plus grand.

Ayant vu le Pur Sabacc – un vieux Y164 tout bringuebalant – manœuvrer pour accoster la navette républicaine, C3 PO, dont les connaissances en matière d’engins intersidéraux étaient pourtant relativement limitées, était assez enclin à partager l’opinion du capitaine. D2 avait également analysé le Sabacc dans ses scanners et en était arrivé à la même conclusion. Les ratios de puissance du vieil appareil étaient bien trop bas et, même s’il était capable de voler en hyperespace, sa manœuvrabilité semblait plus que douteuse.

– Les moteurs de ce vaisseau ont été sérieusement endommagés par des collisions de débris lors de la bataille, reprit C3 PO, toujours lancé sur les talons de Bortrek. (Le jeune capitaine poursuivait son inspection, manipulant des interrupteurs, tapotant les parois, se penchant pour étudier les écoutilles.) Il est de la plus haute importance que mon équipier et moi-même obtenions un transport jusqu’aux installations de la Flotte sur Cybloc XII. Bien qu’étant peu habilité à prendre ce genre de décision, je peux vous assurer qu’il existe une probabilité de récompense. La somme pourra vous être envoyée, à l’adresse que vous souhaiterez nous donner, dès que nous aurons rejoint Coruscant.

Bortrek s’arrêta au milieu du pont. Il se tourna pour observer les deux droïds. D2 R2 était toujours relié à la console de navigation, absorbant et analysant les informations qui défilaient sur les écrans qui l’entouraient. Ce qu’avait dit C3 PO était vrai. Les systèmes de guidage de l’appareil de reconnaissance avaient été abîmés lors du choc avec les débris. Si le capitaine du Sabacc n’avait pas intercepté leur message de détresse, la navette aurait été perdue à tout jamais, dérivant dans le vide de l’espace interplanétaire. Cependant, les systèmes de communication fonctionnaient toujours.

D2 se mit à siffloter une succession d’informations qui fit bondir C3 PO.

– Dieu du ciel ! s’exclama ce dernier.

– Quoi ? Qu’est-ce qu’il dit ? dit Bortrek en scrutant les consoles d’un œil connaisseur.

– Des rapports sont arrivés qui parlent d’une révolte sur Ampliquen et King Galquek. D’après D2, la peste se serait également déclarée sur la base de Durren. C’est terrible !

– Tu l’as dit, Bouton d’Or, et je ne tiens pas à m’attarder ici. (Bortrek s’approcha de D2 et tapota le dessus du dôme du droïd de ses doigts refermés.) Qu’est-ce que c’est comme modèle de D2, ça ? Un type R ?

– Un R, oui, c’est exact. Ce sont d’excellents modèles, très polyvalents même s’ils sont parfois imprévisibles. Pour l’astromécanique et la navigation stellaire, on ne trouve pas mieux que les droïds de la série D2 en général et les types R en particulier. Enfin, c’est ce qu’on m’a raconté.

Bortrek s’agenouilla et ouvrit le panneau arrière de D2. Il y introduisit un outil extracteur qu’il venait de sortir de la poche de sa veste en peau de reptile.

– Alors, comme ça, c’est ce qu’on t’a raconté ? (D2 émit un petit couinement et rétracta immédiatement son interface de connexion de la prise de la console.) Eh bien figure-toi, Bouton d’Or, qu’on m’a raconté exactement la même chose. Alors je vais te dire ce qu’on va faire. Toi et ton copain vous allez retourner au sas principal et vous allez m’attendre dans le poste de pilotage du Sabacc. Je vous y rejoins dans une minute.

– Nous avons vraiment beaucoup de chance, tu sais ? dit C3 PO en traversant, en compagnie de D2 R2, l’étroit goulet du tunnel qui reliait les deux vaisseaux. Avec ce blocus, cette rébellion sur la planète et maintenant cette peste qui est en train de proliférer, aucun vaisseau à propulsion hyperluminique ne va être capable de quitter Durren avant un bon moment. Le système de Méridian est très peu peuplé et fort en retrait des voies commerciales. Nous aurions pu dériver pendant des années, des siècles peut-être, avant d’être retrouvés. Entre-temps, qui sait ce qu’il serait advenu de Son Excellence.

D2 ne répondit rien. C3 PO se dit que le capitaine Bortrek avait dû désactiver une section du motivateur du petit astromec. Il s’agissait peut-être d’une sage précaution. D2 avait un drôle de caractère et il aurait très bien pu refuser d’abandonner la navette pourtant devenue inutile.

– Dès que nous aurons rejoint Cybloc XII, nous pourrons nous adresser aux autorités pour savoir ce que devient Son Excellence. Je doute que ce soit la plus raisonnable des choses à entreprendre depuis ce vaisseau. Je pense également qu’il vaut mieux éviter ce sujet avec le capitaine Bortrek. Même si je lui suis extrêmement reconnaissant de nous avoir tirés d’affaire, on ne peut jamais être trop prudent. Je suis sûr, cela dit, que nous trouverons un moyen de convaincre le Conseil Central de le rémunérer pour sa peine…

Il s’interrompit en pleines spéculations car ils venaient de franchir le sas du Pur Sabacc et de déboucher dans la soute principale. Des caisses étaient négligemment empilées le long d’une des parois. L’une d’entre elles était ouverte et contenait des obligations et une quantité considérable de pièces d’or. Une autre était remplie jusqu’à la gueule d’instruments en platine et en électrum. C3 PO reconnut parmi eux quelques-uns des objets de culte que l’on trouvait sur la planète Durren : reliquaires, ostensoirs et moulins à prières incrustés de pierreries. La plupart avaient été jetés en vrac et entassés pour tenir dans la caisse. Les articles trop grands pour être facilement stockés – statues et meubles très ouvragés qui devaient clairement valoir une certaine somme – étaient empilés dans un coin de la soute, au beau milieu de ballots de velours brodés, de fourrures et de sacs de toile qui devaient, vu leur forme, contenir des pièces de monnaie.

– Dieu du ciel ! s’exclama C3 PO sous le coup de la surprise. Si je m’en réfère aux dernières cotes du marché pour le cours de l’or et du platine, il doit y avoir dans cette soute pour plusieurs millions de crédits de marchandises ! Mais qu’est-ce qu’un homme comme le capitaine Bortrek – qui ne semble ni appartenir à la plus prospère des classes sociales, ni même être originaire de Durren – peut bien faire avec autant de richesses ?

– Je les ai en garde, mon pote.

C3 PO se retourna. D2 R2 fit pivoter son dôme pour aligner son récepteur visuel sur l’homme balafré qui venait de surgir du sas sur leurs talons. Il transportait une grosse caisse de plastique, probablement un carénage de console évidée, remplie d’un fouillis de composants et de câbles, et tenait à la main une épaisse télécommande de couleur noire.

– En garde, monsieur ?

Bortrek se mit à sourire lentement. Son expression rappela à C3 PO, qui n’était pourtant guère fantaisiste, l’image de ces espèces semi-pensantes à peine sorties du bouillon originel plus que celle d’un être humain standard.

– Oui, je les garde pour les propriétaires absents et leurs, heu… héritiers. Ça barde, en bas, sur Durren. Les partisans ont quitté leurs campagnes, il y a des émeutes dans les rues. Beaucoup de maisons sont incendiées, beaucoup de gens essayent de foutre le camp avant que les choses n’empirent. Certains décident en dernière minute qu’il est temps de nettoyer leurs placards, de faire disparaître tout cet excès d’or et de platine qui traîne un peu partout. Toi… (Il fit un geste vers D2 avec la télécommande.) J’ai grillé mon ordinateur de navigation suite à un petit différend avec les autorités du spatioport. Que leurs mensonges leur bouffent le cœur… Je vais avoir besoin de toi.

D2 hésita et laissa échapper un gazouillis de protestation qui obligea Bortrek à pointer sa télécommande vers lui.

– D2, veux-tu bien te tenir ! gronda C3 PO. Etant donné que le capitaine Bortrek a l’extrême bonté de nous emmener jusqu’à Cybloc XII, c’est la moindre des choses de faire tout notre possible pour l’assister à bord de son vaisseau.

L’astromec hésita en se balançant sur ses roues mais le capitaine avait dû désactiver toutes les terminaisons supérieures de son motivateur. Après un petit chuintement désespéré, il emboîta le pas à Bortrek, C3 PO fermant la marche.

– Voilà, capitaine Bortrek, dès que nous aurons atteint Cybloc XII, il est de la plus haute importance que nous puissions contacter l’amiral Ackbar de la Flotte Républicaine…

La porte se referma devant lui.

Pendant un moment qui sembla durer une éternité, le droïd protocolaire s’amusa à estimer la valeur du contenu de la soute. Il devait y en avoir pour une somme située entre vingt-trois et vingt-huit millions de crédits. Estimation qui tenait compte de l’index d’inflation dû aux troubles survenus dans ce secteur de la galaxie comparé au prix moyen de l’artisanat en provenance de Durren. Quelque temps plus tard, les senseurs auditifs de C3 PO perçurent le frottement caractéristique du tunnel d’accostage qu’on était en train d’escamoter. Sur un clavier installé près de la porte de la soute, il pianota une demande d’informations. Le langage binaire émis par l’appareil était fort simple. C3 PO comprit très rapidement que le Pur Sabacc se préparerait au départ.

– Comme tout cela est curieux, remarqua le droïd. Je crois avoir distinctement entendu le capitaine Bortrek dire que son ordinateur d’astronavigation était endommagé.

Il adressa quelques réflexions, par l’intermédiaire du clavier, à l’ordinateur central. Celui-ci répondit en code standard et se sentit forcé de déballer tout ce qu’il savait sur toutes les procédures en cours à bord du vaisseau en une cascade de données. C3 PO prit le temps de les télécharger de la mémoire tampon de l’ordinateur vers ses propres modules de mémoire système afin de pouvoir analyser les informations. Quand il eut finit son étude, il se sentit aussi offusqué que sa programmation de droïd protocolaire le lui permettait.

– Mais enfin, l’itinéraire qu’on est en train de programmer ne passe pas du tout par Cybloc XII ! s’exclama-t-il. Cet homme est un voleur. On nous enlève !

 

– L’expédition tout entière a disparu.

Mon Mothma, guide spirituel de la Rébellion et ancien chef d’Etat du Gouvernement Provisoire, plaça ses mains ravagées devant le demi-cercle d’acier du pare-feu installé devant la cheminée. Ses doigts se découpèrent devant les flammes en créant des rayons de lumière ambrée.

Yan Solo, bien que connaissant cette grande et belle femme depuis des années, lui vouait toujours un profond respect. Son image était partout, elle avait marqué l’histoire de la Rébellion et des derniers jours de l’Empire. Se trouver en sa présence, c’était comme être face à une divinité d’une légende ancestrale. D’autres comparaient cela à une rencontre avec le mythique champion de smashball Rip « nerfs d’acier » Calkin, qui avait marqué sept cents points lors de la saison précédente.

– Disparue ?

Quelque chose à l’intérieur de la cage thoracique de Yan se figea d’effroi.

Winter avait emmené les enfants à la nursery, une pièce située, en haut d’une longue volée de marches, au sommet d’une tour recouverte de lierre. Le petit parloir dans lequel se trouvaient Solo et Mon Mothma était faiblement éclairé. Les éclairages artificiels, cachés à l’intérieur de niches creusées dans les murs, projetaient de chatoyants motifs lumineux sur les peintures du plafond. Le feu qui léchait les morceaux de charbon et de bois dans le foyer couleur de sable était authentique, même s’il était produit par une conduite de gaz enterrée dans le sol. Yan se rappela qu’il avait fait l’amour à Leia devant ce feu, sur le tapis en fourrure blanche, au cours de la nuit qui avait précédé son départ.

– Nous essayons de garder l’information confidentielle aussi longtemps que possible, dit Mon Mothma en se redressant.

Ses yeux noirs reflétèrent l’éclat du brasier. Elle semblait en meilleure forme que la dernière fois que Yan l’avait vue, quand elle était encore à l’hôpital. Elle sortait à l’époque d’une très longue cure d’immersion dans une cuve à bacta, destinée à soigner les effets dévastateurs d’une tentative d’empoisonnement. Elle n’avait cependant plus rien de la femme de tête que Solo avait rencontrée au beau milieu du chaos du quartier général temporaire de la Flotte Rebelle. Son regard rappelait qu’elle côtoyait la mort. Aujourd’hui, sa peau parcheminée pendait sous son menton et autour de ses poignets. Ses cheveux, qui étaient restés de jais pendant l’horreur des combats contre Palpatine et qui avaient commencé à grisonner lors de l’empoisonnement, étaient aujourd’hui complètement blancs. Elle s’aidait de deux cannes pour marcher quand elle n’était pas en public. Elle était pourtant encore très belle.

La situation s’est compliquée depuis que le ministre d’Etat Rieekan est tombé gravement malade, poursuivit-elle. Nous avons d’abord eu peur que son mal ait un rapport avec cette peste dont on a parlé dans le secteur de Méridian mais…

– La peste ? demanda Yan, que la vague de froid saisit une nouvelle fois.

Non, pas Leia…

– Les rapports que nous avons reçus sont encore trop fragmentaires pour être sûr, dit-elle d’un ton qui indiqua à Yan qu’elle-même en était certaine. Quand cela s’est déclaré sur la base orbitale de Durren, nous avons d’abord pensé à un poison mais il n’y a aucune preuve que cela soit le cas. Il n’y a aucune preuve non plus de contagion. Pas de bactérie, pas de virus, pas de micro-organisme… rien. Seulement des hommes et des femmes qui meurent. Nous ne pouvons pas envoyer d’équipes médicales du fait de la révolte qui a éclaté sur Durren même. Des factions locales font le siège de la base…

– Le siège ? l’interrompit Yan. Et les deux croiseurs qui sont au mouillage là-bas ?

– Les croiseurs étaient en mission. Ils le sont toujours, d’ailleurs. Ils enquêtent sur une attaque de pirates ayant eu lieu à Ampliquen. A moins qu’il ne s’agisse d’une rupture de la trêve entre Budpock et Ampliquen. Nous n’avons aucune nouvelle. Pas plus que nous n’en avons du vaisseau amiral de Leia, et de son escorte. Leur dernier rapport précisait que la rencontre avait abouti à des conclusions « acceptables » et qu’ils s’apprêtaient à passer en hyperespace au point de saut initialement prévu.

Un RIO entra dans la pièce et roula jusqu’à eux. L’intendance l’avait dépêché pour apporter un verre de bière à Yan et un chocolat chaud à Mon Mothma. Comme tout le reste du mobilier et des accessoires, le droïd – avec ses pièces en bois patiné et en vieux bronze – avait été conçu pour correspondre au style rustique de la maison. Si l’Empereur possédait toujours cet endroit, il aurait certainement fait remplacer le petit serviteur par un de ces synthédroïds. Ceux-ci, d’après la publicité, pouvaient être fabriqués à la demande du client pour ressembler à n’importe quelle espèce pensante, ou semi-pensante, du registre. Yan ne savait pas s’il serait à l’aise le jour où il aurait à se trouver en présence de l’un de ces êtres cybernétiques. Il doutait d’ailleurs que le salaire de Leia puisse couvrir les frais d’un tel droïd.

– Est-ce qu’on a vérifié le rôle qu’aurait pu jouer Ashgad dans tout cela ?

Mon Mothma hocha la tête et but une gorgée de chocolat. Elle reposa sa tasse sur le plateau de bronze du petit serviteur.

– Le dernier rapport des senseurs du Boréalis comporte le spectre complet de l’appareil de Seti Ashgad. Aucune indication d’anormalité. Les capitaines du vaisseau amiral et de l’escorte ne mentionnent aucun autre navire dans les environs de Pedducis Chorios. Leia prétend qu’elle est elle-même satisfaite de l’issue de la rencontre. Nous avons envoyé un message à Ashgad…

– Cela ne nous indique pas s’il est dans le coup ou non.

– Certes…

Elle eut un frisson et croisa les bras. Chewbacca ramassa l’un des châles de Winter, dont les couleurs et les motifs, pareils à ceux d’un kaléidoscope, changeaient à intervalles réguliers. Il le passa sur les épaules de l’ex-dirigeante. Elle lui adressa un regard de remerciement et sourit.

– Enfin, je sais qu’un Interdictor peut faire sortir un vaisseau de l’hyperespace…

– C’est exact, répondit Yan. Mais les services de renseignements surveillent de très près tous ceux qui sont en possession d’Interdictors. Tous ceux qui sont connus, en tout cas. Autant que je sache, nous n’avons entendu parler de rien. Ce que je veux dire, c’est qu’effectivement, on peut faire sortir un vaisseau de l’hyperespace mais comment se justifier quand on se trouve avec un appareil de taille conséquente sur les bras, hein ? C’est une option à ne pas négliger.

– Comme vous l’avez dit, murmura Mon Mothma, on ne peut surveiller que ceux qui sont connus par nos services. Est-ce qu’il est possible, par exemple, d’altérer les coordonnées d’un point de saut à distance ? De dérouter un vaisseau en vitesse lumière ?

– Non. Impossible, dit Yan. Je ne suis pas un scientifique ou quoi que ce soit de ce genre mais ces ordinateurs de navigation sont aussi protégés qu’un harem de Valorsia. Ils sont capables de résister aux influences solaires et aux particules gamma, exactement pour cette raison. Cela dit, quand je faisais encore mes petits trafics, d’y avait toujours des rumeurs qui couraient comme quoi tel ou tel grand contrebandier avait trouvé un moyen de modifier les ordinateurs à distance.

Le froid au niveau de son sternum se fit plus intense au moment où il prononça ces paroles. Pendant toute sa vie, il avait joué à chat avec les dangers du vide spatial. Il était conscient de l’immensité qui pouvait séparer deux étoiles ou deux planètes. Qui pouvait bien imaginer ce qu’on pouvait trouver au beau milieu de ce vide sinistre et noir ? C’était le cauchemar de n’importe quel voyageur sidéral de ne pas retrouver son cap dans le gouffre interstellaire. C’était pour cela que Yan s’était forcé à apprendre par cœur des centaines de cartes, c’était pour cela qu’il conservait des pages et des pages de guides interplanétaires à bord du Faucon Millenium, en dépit des railleries de Lando ou de ses anciens compagnons de contrebande.

La seule idée que quelqu’un soit capable de modifier des coordonnées de point de saut lui infligeait une trouille phénoménale.

Non. C’était autre chose. Ça devait être autre chose.

– Et qui a eu l’idée géniale, reprit-il avec colère, de faire en sorte que le Conseil soit dissous en cas d’absence du chef d’Etat et du Premier ministre ? A l’instant même où ils apprendront que Leia a disparu, ça va être le bazar et vous ne serez plus capables de faire quoi que ce soit !

– Nous sommes incapables de faire quoi que ce soit dès maintenant !

– Et avec un hologramme ? demanda Yan. On pourrait utiliser un projecteur avec des images récentes de Leia…

– Non, répondit froidement Mon Mothma, cela a déjà été tenté. Par le Parti de la Daysong. Ils ont déjà entendu des rumeurs à propos de la disparition…

– Mais de qui ? Comment ?

– Les rumeurs commencent à fuser dans tous les sens, Yan, dit-elle en secouant la tête. L’amiral Ackbar a obtenu du Conseil un ajournement de séance, et un délai de douze heures, pour éviter que le sénateur Typia du Parti de la Daysong et le sénateur Arastide, de Gantho, n’en viennent aux mains. Il y a eu une deuxième tentative de plagiat holographique. Nous n’en avons pas déterminé l’origine mais nous soupçonnons les Tervig. L’hologramme a déclaré que le commerce des esclaves Bandys en provenance de Tervissis était tout à fait acceptable. Dans un cas comme dans l’autre, la performance technique était si mauvaise que je ne crois pas qu’ils aient quelque chose à voir avec la disparition. Et puis, peu importent les circonstances, continua-t-elle en mesurant ses mots avec une exactitude glacée, faire passer un duplicata holographique pour un chef d’Etat de la Nouvelle République n’est pas un précédent que je souhaiterais voir s’installer. Leia serait sans doute d’accord avec moi, vous ne croyez pas ?

Yan eut l’impression d’être un gosse qu’on aurait surpris la main dans une bonbonnière.

– Oui, je suppose que oui.

Encore une bonne raison, se dit-il, de ne pas gouverner la galaxie…

– Et Luke, dans tout cela ? demanda-t-il dans le silence qui suivit.

– Eh bien quoi, Luke ?

– Il était à bord du Boréalis. Au départ, il devait rester ici. Et puis, en dernière minute, Leia a reçu ce message de Callista l’implorant de ne pas faire confiance à Ashgad. Luke a donc embarqué avec elle. Son idée, c’était d’emprunter un petit appareil, pour échapper aux postes de tir, et de descendre à la surface de Nam Chorios pour essayer de retrouver Callista.

– Ashgad… commença Mon Mothma à voix basse. Je ne savais pas. Nous avons essayé de contacter Luke sur la lune de Yavin. Ses élèves pensent qu’il y serait retourné afin d’aller dans la jungle pour y méditer.

Yan émit un grognement et le silence tomba à nouveau. Seuls résonnaient le craquement des flammes dans la cheminée et le murmure de la fontaine qui coulait dans un coin du parloir. Les lueurs du foyer se reflétèrent dans les yeux de Chewbacca, deux éclats bleus dans l’ombre de ses épais sourcils. Par la grande baie qui s’ouvrait dans le mur sud de la pièce, au-delà du champ de protection magnétique, les cieux magiques du système de Coruscant étalaient, telles de précieuses étoffes, leurs richesses étoilées.

– Je dois contacter Lando, dit Yan au bout d’un moment.

Mon Mothma hocha la tête. C’était comme si elle avait lu dans ses pensées. Solo se fit la réflexion que cela devait certainement faire partie des attributions d’un chef d’Etat.

– Il a son propre appareil, reprit-il. On pourra l’utiliser pour les recherches. Il faut que tout cela reste confidentiel. Il y a dû certainement y avoir des fuites dès le départ, peut-être au sein des équipages respectifs du Boréalis et de l’Inflexible. Vous voyez une objection à ce que Mara Jade soit mise au courant ? Elle n’a pas son pareil pour passer un secteur au peigne fin.

Mon Mothma hocha de nouveau la tête.

– Quelqu’un d’autre ?

– Kyp Durron, de l’Académie. Wedge Antilles, si on arrive à le débaucher. Kyp aura besoin d’un appareil. Pas besoin d’un truc voyant mais quelque chose de rapide. De vraiment rapide.

– C’est comme si c’était fait, dit Mon Mothma. (Elle tendit à Yan un cube de plastique rouge.) Ce sont les derniers rapports envoyés par Leia, le commandant Zoalin et le capitaine Ioa. Il y a aussi les données des senseurs à propos du vaisseau de Seti Ashgad et de tout ce qui se trouvait dans un rayon de cinq parsecs. Il y a aussi les coordonnées du point de saut. Là où ils ont disparu.

– Peu importe le point d’entrée, dit Yan. Si quelqu’un a réellement trouvé le moyen de dérouter un appareil en hyperespace, ils peuvent être sortis au beau milieu de nulle part dans l’univers… (Il se leva et l’aida à se remettre sur pied. Le fait d’être venue en visite avec ses cannes était un signe qu’elle se sentait à l’aise avec lui. Qu’elle avait confiance en lui. Yan lui tendit ses béquilles et elle lui sourit. Curieusement, Solo se sentit très honoré. Le laisser ainsi la voir marcher avec des cannes signifiait qu’elle le considérait comme un ami.) Combien de temps pourrez-vous encore tenir le Conseil ?

– Quelques jours, dit-elle. Peut-être une semaine. (La demeure était équipée de droïds valets de type NL-6 mais Yan préféra accompagner lui-même Mon Mothma jusqu’au vestibule.) Nous essayons toujours d’envoyer des secours sur Durren ou de dépêcher une escorte sur Nim Drovis pour y recruter une équipe du Centre de Recherches Médicales. Comme je vous l’ai dit, les rapports sont très succincts et tout cela ne se présente pas sous les meilleurs auspices.

– On ne sait rien, donc, reprit Yan en la dévisageant dans la lueur des flammes qui provenaient de la cheminée.

Elle hésita un instant et, dans son regard, Solo comprit qu’elle devait se douter de quelque chose mais qu’elle se refusait à admettre ce que cela pouvait être.

Les portes du vestibule s’ouvrirent en coulissant devant eux. L’aide de camp, garde et homme à tout faire de Mon Mothma, bondit sur ses pieds. C’était un jeune homme d’allure sinistre, aux cheveux couleur de sable, à l’expression immuable.

– Soyez prudent.

– Votre Excellence, dit Yan en souriant, le jour où je serai prudent, ce sera le jour où je m’achèterai une chaufferette et un fauteuil à bascule. Je vais la retrouver.

Mais quand la porte se referma derrière le garde du corps et Mon Mothma, Yan resta un très long moment debout dans le vestibule le regard dans le vide, le petit cube de plastique rouge serré dans son poing. Pensant à l’hyperespace. Pensant au vide interstellaire.

Pensant à Leia.

Cela faisait cinq ans qu’ils étaient mariés. Cela faisait treize ans qu’ils s’étaient rencontrés pour la première fois, dans le couloir des cellules de l’Etoile Noire, au beau milieu des tirs de laser.

Et s’il ne la retrouvait pas ?

Impossible de répondre à cette question. Impossible ne serait-ce que d’y penser. Il imagina les ténèbres profondes, le cauchemar que cela représentait d’être perdu dans l’espace, sans carte stellaire, sans ordinateur de navigation, sans spectroscope, sans savoir vers laquelle de ces millions de minuscules lumières, infiniment distantes, il fallait se diriger.

Sa main se referma encore plus autour du cube de données. Il retourna vers la cheminée du parloir pour dire à Chewie de préparer le Faucon. Ils mettraient les voiles juste avant l’aube.